Solitude et introspection en voyage

Ok, real talk. Me voilà partie avec mon sac à dos depuis trois semaines.

Après le nord de la Thailande, je suis au milieu de mon séjour au Laos. Je ne peux m’arrêter de remarquer que mon approche du voyage a changé depuis mon premier roadtrip. Même si chaque journée est inédite, il n’y a plus cette excitation innocente de la nouveauté. C’est assez étrange, j’ai l’impression d’être habituée à l’inédit, à être surprise en quelque sorte. Je m’attends à ce que chaque jour soit palpitant, ou au moins soit servi avec une note satisfaisante. C’est ce qui me pousse(ait?) à voyager. J’ai l’impression que je n’ai plus la même aisance qu’au début.

En parallèle, il y a ce dilemme de l’introversion où être seule m’est nécessaire, où je ne suis pas forcément à l’aise à l’idée du small talk de chaque début de rencontre ni à faire le premier pas vers d’autres voyageurs. Je n’ai pas non plus envie de me mettre à couchsurfing comme je le faisais en Europe. Les vieux gars qui ne comprennent pas que nous ne sommes pas sur Tinder me fatiguent, je n’ai ni le temps ni l’envie de les éduquer sur le consentement et le respect de la femme. Or, après ces trois semaines d’interactions minimales, quasi nulles en réalité, avec des visages qui changent quotidiennement, la solitude me pique plus que je n’aimerais l’admettre. J’écris beaucoup, j’écoute des podcasts et des livres pour avoir un semblant d’interaction mais ça reste pénible.

Voyager seul.e force à un isolement entouré, à une introspection pesante. Ces années précédentes, j’ai choisi d’être débordée de travail. C’est une étrange sensation d’être totalement libre pendant un an, presque absurde et effrayant, paralysant. J’ai beau râler avec la surcharge de travail que mes licences stimultanaient m’imposaient, elles apaisaient moralement une partie de moi. Se voir bombardée de nouvelles connaissances est fascinant, il s’en suit un épuisement mental de satisfaction. Je sais que j’ai bien utilisé mon temps. Pas « bien » au regard des standards de la société; dans ce cas-ci, ce serait d’être productif pour m’insérer grâce à des diplômes. « Bien » au sens où je me sens plus épanouie par de nouveaux savoirs, j’ai l’impression d’avoir fait bon usage de mon temps pour me spécialiser dans des domaines que j’apprécie.

Je suis partagée sur la suite. Depuis mon départ, je me prépare à rentrer si j’en sens la nécessité. Il n’y a aucun intérêt à voyager si ça ne me procure pas le plaisir attendu, aussi tentant que sonne le projet. Plus généralement, il n’y a aucun intérêt à faire quoi que ce soit si ce n’est par plaisir. Je peux littéralement TOUT faire, que ce soit partir à l’autre bout du monde ou rentrer en France, me trouver un boulot ou passer mes journées à regarder des séries dans le noir, donner de mon temps ou être égoïste. Cette année de pause est l’occasion de m’accorder le temps et les moyens nécessaires pour m’écouter. Peut-être que voyager n’est pas ce dont j’ai besoin actuellement. Peut-être que c’est la mauvaise infection que j’ai attrapé qui parle. Peut-être que c’est l’arrêt de mes anti-dépresseurs. Put être que la chaleur me monte à la tête.

Tout ça pour dire que ce qui semblait être une source d’euphorie infinie ne l’est plus entièrement et cette révélation n’est pas facile à encaisser. Je ne sais plus quoi en penser.

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Comments (3)

  • Salut 😊 ton article est vraiment intéressant et fait écho à une réflexion que je me suis faite y a pas longtemps.
    J’ai toujours rêvé de faire un grand road trip, le rêve un peu commun de tour du monde. Mais maintenant j’ai changé d’avis. En fait je suis en Erasmus en Irlande et ce semestre j’ai eu l’occasion de beaucoup voyagé en Irlande mais aussi en Écosse. Et y a quelques semaines je suis allée à Dublin pour la première fois et ma conclusion de la ville c’était « c’est sympa mais rien de fou » ce a quoi mon père m’a dit « il faut que tu fasses une pause dans les voyages parce que t’es plus émerveillé » et je pense qu’il a raison. Les voyages c’est fantastique mais une part de ce fantastique c’est que ca te fait sortir de ton quotidien. Ça veut pas dire faire un voyage par an, loin de la, mais je pense que quand tous les jours tu vois des choses nouvelles, a un moment ca tombe dans la banalité en quelque sorte.
    C’est comme ça que je le ressens après tu l’as dit c’est peut être juste une phase pour toi mais effectivement rien ne t’empêche de retourner en France prendre une grande bouffée d’interactions sociales et repartir sur les routes après!

  • J’ai eu ce sentiment lors de mon premier week-end en solo. C’est particulier cette solitude qu’on assume mais qui semble quand même subie malgré le choix de partir seule. Je me suis aussi rendue compte que partir seule c’est aussi être h24 au taquet en cas de « danger » et j’ai trouver ça fatiguant presque. Et même si ce n’était qu’un week-end en solo pour moi c’était beaucoup et à la fin, j’étais heureuse et presque soulagée d’être chez moi. Sur les réseaux sociaux il y a une tendance « globe trotteur » qui en réalité ne va pas à tout le monde, mais il faut tester pour s’en rendre compte.

  • Je ne commente jamais habituellement mais là je me devais de te répondre. Je me suis vraiment retrouvée dans tes mots. Je suis revenue de mon Erasmus en juin en me sentant tellement perdue. J’ai enchainé l’université pendant 4 ans sans réfléchir après le lycée, une année de droit un peu catastrophe plus tard et je décide de me réorienter en Lettres meilleure décision possible mais beaucoup plus incertaine. Pendant mon Erasmus je me suis rendue compte que je me voyais absolument pas enchaîner avec mon Master directement après. C’est pour cela que j’ai décidé de faire une année de break. Mais la grande question s’est posée quoi faire avec ce précieux temps ? Je reviens de 3 mois passés en territoire berlinois encore plus incertaine de mon avenir. À la fois je ne regrettes absolument pas d’avoir pris une année de break parce que j’en avais besoin. Une année pour MOI, pour penser à MOI après 4 années folles remplies de stress dans lesquelles parfois j’ai l’impression de m’être perdue mais d’un autre côté c’est absolument terrifiant tout ce temps libre, toutes ces possibilités… Je voulais te dire que tu n’étais pas la seule et qu’une âme similaire à la tienne perdue au milieu de la Bretagne s’est retrouvée dans tes mots.

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